Des nouveaux yeux – Haiti revisité

Mon premier voyage en Haiti m'a bien marqué. Ça m'a donné l'envie de retourner travailler là-bas et partager plus profondement avec les gens. Quelques mois après, quand nous nous sommes rendus comptes qu'on n'avançait pas avec la subvention de fonds pour notre cours de permaculture en Haiti, j'ai décidé de lever des fonds moi même. Cette fois, je cherchais une petite ONG qui partageait les mêmes valeurs que les miennes et qui avait déjà mis en place des projets 'grassroots' que je voulais soutenir. 
 
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En mai de cette année, j'ai passé six semaines à Port-au-Prince et dans le Nord-Ouest du pays avec une ONG qui s'appelle AMURT.  Avec les fonds que j'avais ramassés, on a sponsorisé deux agronomes Haitiens de AMURT à suivre un cours de design à la permaculture, enseigné par Larry Santoyo et Hunter Heaivilin. J'étais assistante dans le cours et j'aidais surtout les étudiants Haitiens avec le contenu du cours en français. Je me suis rendue compte pendant ce cours-là des defis en enseignant des concepts globaux et holistiques de la permaculture à travers des différences de langue et de culture.
 
Dans le mois suivant, je travaillais avec une équipe de deux agronomes et quatre formateurs de professeurs. J'ai développé un programme qui s'appelait 'Créer ma communauté', basé sur les concepts qui venaient de la permaculture et de la Communication Nonviolente. Je préparais cette équipe à donner une formation à un groupe de 43 professeurs, agronomes et animateurs de communautés. 
 
Mon but c'était d'enseigner aux étudiants des concepts qui pourraient s'appliquer dans n'importe quel domaine de leur vie. Je désirais laisser des outils qui pourraient être utiles et répandus. Pour moi, les principes de permaculture peuvent s'appliquer dans tout système – dans des jardins, des paysages, des entreprises et des organisations – et nous aider à s'organiser intentionellement et intelligement avec notre énergie et nos ressources. Également, les concepts de Communication Nonviolente (CNV) peuvent nous aider dans nos relations avec soi et autrui. Si notre but est de réaliser des communautés où on met en valeur le soin des gens et le soin de la Terre, je dirais que la pratique de permaculture et de la CNV sont éssentielles.
 
J'essayais de nous concentrer sur quelques principes de base que tous les étudiants pourraient saisir et partager avec d'autres gens. On travaillait avec trois principes de design inspirés par la permaculture: fonctions multiples, connexions multiples, et petite amélioration. Avec les fonctions multiples on essayait de trouver plusieurs utilisations ou fonctions pour tout – pour un arbre, un jardin, une bouteille en plastique, un sac en plastique, ou un carton. Avec les connexions multiples, on cherchait des connexions benéfiques qui n'existaient pas avant entre différentes parties d'un système – entre l'école, le jardin, l'église, le marché, les professeurs, les agronomes, les animateurs et les residents. On cherchait une petite amélioration, un petit premier pas qui apportait beaucoup de valeur – par exemple, si on separait les déchets, on pourrait utiliser les matières biologiques dans le composte et réutiliser les bouteilles, les sacs et les cartons dans l'école ou le jardin.
 
Il y avait des moments où je doutais si j'allais vraiment faire l'impact que je voulais. Je me demandais aussi si ce que j'enseignais était pertinent culturellement ou utile dans ces conditions de vie. J'étais ravie quand les étudiants ont commencé à trouver des façons concrètes où ils pourraient collaborer entre eux. Un jour, après avoir fait une liste de ressources pour le site de l'école, un des professeurs a remarqué que presque tout les matériaux de classe étaient ni renouvables et ni gratuits, mais que presque tout dans le jardin était renouvable et poussait presque gratuitement. Nous discutions sur comment les professeurs pourraient collaborer avec les responsables du jardin pour pousser des plantes qui pourraient être utiles dans la classe – pour faire des teintures, du papier, des cordes, etc. Pareillement, je dirais que ça libérait l'esprit de considérer les bouteilles en plastiques comme pots d'irrigation passive, arrosoirs, contenants pour stériliser l'eau, ou matérielles pour faire des jouets, bijoux, arts, etc.
 
Vers la fin de la formation, j'ai entendu plusieurs fois le même message des étudiants, que  l'on est riche en ressources quand on pense réutiliser et être créative avec nos déchets. Ils disaient également que l'on peut chercher des multiples stratégies pour resoudre n'importe quel conflit. C'est comme si ils regardaient la vie tout autour d'eux avec des nouveaux yeux.
 
Dans la formation, je disais aux gens que la créativité était un de nos outils principaux dans le design. Quand je pense au design et à la communication maintenant, je me rends compte que ça peut être l'outil le plus simple et le plus puissant pour produire de l'innovation, de la résilience et de l'harmonie dans nos projets, nos communautés et nos vies.

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